Lire les sources
Lire comme un historien
Les cinq questions
Qui l'a produite ?
Un roi, un moine, un soldat, un paysan ? Celui qui écrit ou fabrique quelque chose regarde depuis sa propre place dans le monde.
Quand ?
Pendant l'événement, peu après ou des siècles plus tard ? Plus la distance est grande, plus le souvenir peut glisser.
Pour qui ?
Un rapport pour le souverain, un sermon pour des croyants, une lettre à une mère ? Le public détermine ce que l'on raconte et ce que l'on tait.
Pourquoi ?
Pour informer, convaincre, justifier, commémorer ? Chaque source a un but, même quand il n'est pas dit tout haut.
Que tait la source ?
Qui n'a pas la parole ? Souvent les femmes, les enfants, les pauvres, les esclaves ou les colonisés. Ce qui manque est aussi une information.
Huit savoir-faire d'historien
Chaque savoir-faire avec une explication, un exemple sur une vraie source, les pièges et des exercices sur trois niveaux.
- Qu'est-ce qu'une source ?Tout ce que les gens du passé ont laissé est une trace : une lettre, une hache, une photo, un bâtiment. Tu apprends à distinguer sources primaires et secondaires.
- Qui, quand, pourquoi ?Aucune source ne parle d'elle-même. Avec cinq questions, tu lis une source comme un historien : qui l'a faite, quand, pour qui, pourquoi, et que tait-elle ?
- Calculer avec le tempsLes siècles, avant et après Jésus-Christ, et le nombre d'années entre deux dates. Il n'y a pas d'année zéro, et cela change plus que tu ne le crois.
- Qu'est-ce qui vient d'abord ? Avec Kaft PlusMettre les événements dans le bon ordre, savoir ce qui se passait en même temps, et comprendre que les périodes sont des conventions.
- Fait ou opinion ? Avec Kaft PlusUn fait se vérifie dans les sources. Une opinion est un jugement. Tu apprends à les séparer, même quand ils sont mêlés dans une seule phrase.
- Avec d'autres yeux Avec Kaft PlusLe même événement était différent pour un roi et un paysan, pour un vainqueur et un vaincu. Tu apprends à demander : qui dit cela, et qui se tait ?
- Cause et conséquence Avec Kaft PlusPourquoi quelque chose s'est-il produit, et qu'en est-il résulté ? Tu apprends que les événements ont souvent plusieurs causes, à court et à long terme.
- Lire images et cartes Avec Kaft PlusUn tableau, une photo ou une carte a aussi été fait par quelqu'un, pour quelqu'un, dans un but. Tu apprends à demander ce qu'une image montre et ce qu'elle omet.
Exercice
César sur les Belges
Dans les années 50 avant Jésus-Christ, Jules César fit la guerre en Gaule. Il en écrivit lui-même le récit, De bello Gallico. Presque chaque élève belge en connaît une phrase. Lis le début et pose les cinq questions.
Horum omnium fortissimi sunt Belgae, propterea quod a cultu atque humanitate provinciae longissime absunt, minimeque ad eos mercatores saepe commeant atque ea quae ad effeminandos animos pertinent important, proximique sunt Germanis, qui trans Rhenum incolunt, quibuscum continenter bellum gerunt.De tous ces [peuples], les plus braves sont les Belges, parce qu'ils sont les plus éloignés de la civilisation et du raffinement de la Province, que les marchands vont très rarement chez eux et y apportent ce qui amollit les esprits, et qu'ils sont les plus proches des Germains, qui habitent au-delà du Rhin et avec qui ils sont continuellement en guerre.
Qui l'a produite ?Voir une réponse possible
César lui-même : le général romain qui attaqua et vainquit les Belges. Ce n'est pas un observateur neutre mais un acteur principal.
Quand ?Voir une réponse possible
Peu après les faits, alors qu'il combattait encore en Gaule ou juste après. Proche, mais au milieu de sa propre campagne.
Pour qui ?Voir une réponse possible
Pour des lecteurs à Rome : le sénat et les citoyens qui décidaient de son pouvoir et de son avenir.
Pourquoi ?Voir une réponse possible
Pour justifier ses guerres et grandir ses victoires. Plus l'ennemi est brave, plus la victoire est grande. Son explication (pas de luxe, proches des Germains) correspond aussi à une image romaine de peuples « rudes » mais forts.
Que tait la source ?Voir une réponse possible
Les Belges eux-mêmes. Il n'existe aucune source écrite de leur côté. Ce que nous savons d'eux vient de leur adversaire et de l'archéologie.
Qu'en retenir ?
La phrase « les Belges sont les plus braves » est devenue au 19e siècle un fier morceau d'identité belge, sur les planches scolaires et dans les discours. Mais elle vient de l'homme qui les a vaincus, qui écrivait pour Rome et voulait briller. Cela ne rend pas la source sans valeur : elle en dit long, surtout sur la manière dont Rome regardait le nord.
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